– Communiqué –
L’AFEP dénonce une réforme du recrutement des professeurs d’économie en trompe-l’œil
Paris, le 25 janvier 2012
L’AFEP prend note du projet ministériel de création d’une nouvelle voie d’accès au corps des professeurs d’université dans les disciplines juridiques, politiques, économiques et de gestion (sections 1 à 6 du Conseil national des universités).
Cette voie maintiendrait l’agrégation externe comme recrutement majoritaire, et créerait une voie interne d’accès au corps des professeurs.
Le projet consisterait d’une part à fusionner et à augmenter le nombre de postes attribués par la modalité des deux anciennes voies de recrutement hors « concours d’agrégation » (dites voies « 46-2 » et « 46-3 ») qui sont aujourd’hui pratiquement taries. Il consisterait d’autre part à ouvrir plus largement la possibilité d’accès à des postes type « 46-4 », réservés jusqu’alors à des experts non universitaires, à des enseignants-chercheurs étrangers et aux membres de l’IUF.
Cette question du recrutement des professeurs est essentielle dans le champ académique de l’économie, puisqu’au sein de l’université, ce sont les professeurs d’université qui dirigent les laboratoires de recherche et qui encadrent les diplômes. Ils jouent donc un rôle central dans la circulation des idées ou dans leur stérilisation mortifère.
Ce projet rappelle, si cela était nécessaire, que l’accès au grade de professeur d’économie est dramatiquement biaisé aujourd’hui en économie. C’est un constat qui rejoint celui que l’AFEP a dressé depuis sa création, signalant l’absence de promotion au rang de professeur pour les maîtres de conférences aux carrières et dossiers tout à fait remarquables, mais ne correspondant pas aux critères (scientifiquement) très étroits de l’agrégation. Le mode de recrutement par ce pseudo-concours tue le pluralisme et la vitalité de la recherche.
Cependant, l’AFEP considère que ce projet de réforme n’est pas à la hauteur des enjeux et est en réalité un projet en trompe l’œil pour les raisons suivantes :
-* d’abord parce que, même s’il en réduit l’exclusivité, ce projet maintient le principe de l’agrégation externe, concours dont l’AFEP demande la suppression (lire la tribune de Michel Aglietta, Bernard Chavance, Olivier Favereau et André Orléan). L’AFEP souligne à nouveau l’urgence de mettre fin à l’exception que constitue le secteur droit-économie-gestion en la matière, tandis que la quasi-totalité des disciplines scientifiques (72 sur les 78 que répertorie le CNU) valorisent la carrière des enseignants-chercheurs dans le temps long en examinant collectivement leur dossier dans le contenu.
-* Ensuite parce qu’en l’état, le projet maintient l’existence d’un comité ad hoc chargé de valider cette nouvelle voie de promotion, comité constitué pour majorité de personnes nommées par le ministère, laissant se profiler le spectre d’une « agrégation bis », politiquement contrôlée, et tout aussi rétrograde que l’actuelle agrégation externe.
-* Enfin parce qu’en l’état, la composition professorale de la section 05 du Conseil National des Universités (CNU), héritage d’une éradication de toute pensée non standard en France depuis une vingtaine d’années, ne permettra pas de faire vivre le pluralisme. En témoigne le nombre élevé de candidats qui n’ont pas été qualifiés par le CNU ces dernières années, c’est-à-dire autorisés à candidater aux postes ouverts au recrutement, alors même que des universités souhaitaient les recruter.
Pour ces raisons, l’AFEP réaffirme sa volonté de repenser entièrement l’évaluation des enseignants-chercheurs, et de supprimer toute forme d’agrégation du supérieur.
De plus, l’AFEP considère comme indispensable la création d’une nouvelle section au sein du Conseil National des Universités, intitulée « Économie et société » et ayant pour objet de refaire vivre le pluralisme.
L’AFEP constate que le projet de création d’une nouvelle voie d’accès « unifiée interne » au grade de professeur constitue un hasardeux replâtrage qui vise à conserver l’essentiel de ce qu’il nous faut abandonner : le contrôle politique de la recherche, l’étroitesse des critères de sélection, l’absence de pluralisme au sein des pairs amenés à juger la qualité des dossiers.
Le projet en cours ne permettra en aucun cas de lever les verrous institutionnels qui étouffent le pluralisme et qui conduiront à terme à sa disparition en économie. En la matière, tout reste à faire, et c’est urgent.
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